L’accident qui a changé ma perception du vide

Lorsque j’étais petit, dès que je grimpais dans un arbre, sur une murette ou le toit d’une cabane, ma mère qui a peur du vide était en totale panique. Elle m’ordonnait de descendre et quand je ne réagissais pas immédiatement, sa voix montait dans les aigus. J’ai dû, malgré moi, me plier à sa volonté parce que j’obéissais à ma maman (bien sûr !), mais aussi parce qu’elle était rassurée sur le champs dès que je posais mes pieds au sol.

À mon arrivée au collège, le choix entre deux sports s’est présenté à moi : judo ou l’escalade. Mon cœur balançait, alors je suis allé visiter les deux clubs de sport. En réalité, c’est l’entraîneur du club d’escalade qui m’a aidé à me décider et j’ai opté pour ce sport de grimpe. J’ai exercé durant quatre années et j’étais passionné.

Même si parfois j’avais la peur au ventre, l’appel de l’adrénaline était plus fort !

Un jour, alors que je descendais une voie extérieure en rappel, je me suis violemment cogné le genou droit contre la roche. Pris de douleur, j’ai lâché la corde, et j’ai commencé à descendre à toute vitesse en voyant (ma vie) le « mur » défiler. La personne en-dessous de moi s’est jetée sur la corde pour essayer de m’arrêter, et là, effectivement, tout s’est arrêté. J’étais suspendu à 1m du sol, le corps tremblant et douloureux.
Finalement, quelques séances de kiné m’ont permis de me rétablir physiquement, mais c’était sans compter la blessure psychologique. Après ce jour, j’ai commencé à développer une phobie du vide. Bref, pour moi l’escalade c’était fini !

Le combat avec la peur

Fin 2014, un ami m’a invité à faire de l’escalade de bloc en salle. Cette discipline consiste à grimper jusqu’à 4m de hauteur maximum, sans accordage, un tapis au sol pour amortir les chutes. Une fois en haut du mur, vous devez l’enjamber et un passage vous permet de redescendre par un escalier.

J’avoue que les deux premières fois ont été terribles… Je me souviens encore comment j’ai dû me faire violence, ne serait-ce que pour entrer dans les vestiaires. Déjà, je sentais la peur me nouer l’estomac. Mes doigts tremblaient alors que je mettais mes chaussons. Dans la salle, je n’osais même pas lever la tête et j’avais la bouche sèche.
Lors de mes premières tentatives, j’étais à peine à 2m que mes mains devenaient moites, mon coeur s’accélérait et mes jambes tremblaient. Le plus dur a été de me rouler comme un phoque pour passer de l’autre côté du mur quand j’arrivais enfin en haut.
Puis, je me suis contenté de faire de petites traversées me permettant de rester à 1m50 du sol, et ma confiance est revenue peu à peu… Chaque semaine, j’ai progressé, parvenant à me hisser plus haut.
Dans ce cas précis, j’avais deux options :

  • soit je restais chez moi à grimper mon canapé
  • soit j’affrontais ma peur.

Finalement j’ai refusé d’abandonner et j’ai dû me raisonner à chaque fois que le stress me gagnait. J’étais mon propre coach : « Tu vas y arriver, courage, n’abandonne pas si près du but, tu es capable, respire ».

Une étape à la fois, 1m à la fois, je me suis aventuré dans ma zone d’inconfort un pas à la fois pour ne pas me retrouver direct en échec.
Aujourd’hui, j’ai retrouvé du plaisir à escalader !

Mon cerveau a été marqué par la chute et a donc enregistré : vide = danger. Mon retour a été progressif et non brutal : j’ai franchi des caps, semaine après semaine. Je me savais physiquement capable, psychologiquement un peu moins… Il me fallait à tout prix rééduquer ma mémoire en y imprimant de nouvelles expériences.

« Pour vaincre, il nous faut de l’audace,
encore de l’audace, toujours de l’audace »
Georges Jacques Danton

Vive l’audace

Selon la gravité du traumatisme, qui peut affirmer qu’il est toujours possible de vaincre sa peur ou qu’elle est impossible à surmonter ?

Ne sachant pas ce qui est possible ou non, pourquoi ne pas agir comme si tout était possible ?
En m’approchant de ce qui me semblait impossible, c’est l’impossible qui a reculé.
Et si vous aviez l’audace de ne pas occulter vos peurs, mais de vous en occuper ?
À l’aide d’un tableau, vous pouvez définir vos petits pas, un jour à la fois

Exemple :

  1. je décide de m’occuper de ma peur et je m’engage envers moi-même
  2. je partage ma décision à quelqu’un
  3. je retourne “sur les lieux”
  4. je pose un premier acte concret
  5. etc…

Relevez vos progrès, racontez vos ressentis, partagez vos victoires, récompensez-vous, vous serez surpris du résultat !

Quel sera votre prochain défi ? (Dites-le en commentaire !)